Obeah

Obeah : magie des Antilles

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Souvent qualifiée de religion, l’Obeah définit dans les faits un large éventail de pratiques héritées des Ashanti, des ancêtres africains d’origine ouest-africaine. Elle est certainement l’un des plus anciens cultes afro-créoles et doit son enracinement bahaméen aux Coromantee (ou Coromantins) du Ghana, les esclaves captifs Ashanti de la région de la Côte d’Or (Gold Coast) qui furent déportés dans les colonies européennes des Caraïbes aux 17e et 18e siècles. Leur caractère farouche et leur nature rebelle conduisirent ce peuple de tradition militariste à organiser des révoltes d’esclaves. Inquiets à l’idée subir l’Obeah, les propriétaires de plantations blancs décidèrent de cesser leur importation, limitant du même coup la propagation de l’Obeah. Très fortement ancré dans l’archipel des Bahamas ou il demeure encore très vivace, le culte est également présent dans d’autres îles des Grandes Antilles (Jamaïque), et dans les Petites Antilles (Trinité-et-Tobago, Dominique, Barbade…). Il y tient une place similaire aux autres cultes religieux qui cohabitent dans l’archipel : catholique, baptiste, anglican…

Les fondements de l’Obeah

Le mot « Obeah » est un dérivé d’« Obayifo ». Les obayifo étaient des sorciers ou sorcières qui vivaient dans les communautés ghanéennes. Irreconnaissables, elles étaient réputées pour effectuer des projections astrales lorsque survenait la nuit. Elles attaquaient alors la population pour boire leur sang avec une grande prédilection pour les enfants.
Comme souvent dans de nombreuses croyances africaines, la maladie ou plus généralement l’infortune et les malheurs sont attribuées à une origine extérieure à l’individu, pouvant également être imputée à la sorcellerie. Il y aurait deux registres de causalité :
– un registre, qui relève de pratiques religieuses, basé sur la conviction qu’il existe des forces invisibles et que certains individus sont capables de communiquer avec ces forces ;
– un registre, qui relève de pratiques magiques, et qui considère que le malade ou la victime seraient la cible d’une agression sorcière causée par une tierce personne.
Ce modèle de responsabilité distribuée fait bien apparaître l’objectif de l’Obeah : une pratique de gestion du malheur permettant de faire face aux malveillances provenant de personnes ou d’esprits puisque, comme dans de nombreuses croyances, la vision du monde selon l’Obeah est duale. Il est constitué d’un monde physique et d’un monde spirituel régit par des forces occultes. Une approche de l’univers que l’on retrouve dans d’autres religions afro-américaines, comme la Santeria ou la magie Vaudou.
L’Obeah a un double fondement :
– la pratique de la guérison basée sur une expertise en plantes pour confectionner des remèdes magiques (préventifs ou curatifs). Elle mêle plus particulièrement médecine, religion traditionnelles et sorcellerie, et on peut y voir une forme cousine du vaudou haïtien ;
– le recours à des sorts maléfiques ou des sorts de magie bénéfiques.

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L’homme Obeah, maître spirituel du culte

Tout le travail du maître spirituel de l’Obeah est de s’assurer qu’une maladie est effectivement d’origine sorcellaire, et de déterminer quel sera le remède approprié pour obtenir la guérison. Ces désenvoûtements interviennent lorsque la médecine traditionnelle ne trouve pas de remède à une maladie. Mais le rôle de ce medicine man ne se limite pas à celui de guérisseur et de soigneur, il remplit aussi une fonction de conseiller et peut aussi être à l’origine d’un mauvais sort. Il est également le garant des traditions d’exorcisme à la manière d’un prêtre exorciste, et chasse les démons et les esprits des corps possédés. Il est donc un homme de foi et un sorcier. À la fois praticien de l’ensorcellement et du désorcellement, il possède un don transmis par Dieu et manipule les forces occultes. Cette ambiguïté entre magie blanche et magie noire est constante dans l’Obeah et donne à l’homme Obeah un spectre de pouvoirs très vaste. Ce pouvoir magico-sorcellaire et divin se transmet généralement par héritage au sein d’une même famille.
La consultation d’un homme Obeah correspond à une séance thérapeutique qui s’effectue donc dans une relation individuelle et personnalisée semblable à celle qui unit un praticien à son malade et concerne toutes sortes de problèmes d’ordre physique, professionnel, psychologique ou matériel en quête de réponses et de solutions bienveillantes ou malveillantes qui s’exprimeront sous la forme de sorts maléfiques ou de charmes :
prédire l’avenir,
s’attirer la chance,
susciter un sentiment amoureux,
s’attirer une protection contre des mauvais esprits ou les duppies (âmes tourmentées des morts),
chance au jeu,
problèmes d’argent,
– possession démoniaque,
– malédiction familiale,
– santé mentale,
– conflits entre propriétaires terriens,
– mais aussi : réussite scolaire, toxicomanie, maladie sexuellement transmissible, grossesse non désirée,
– …

L’obeah, une pratique magico-thérapeuthique

Parmi les procédés à caractère magique ou sorcellaire visant à guérir des maux du corps ou de l’esprit, on trouve un mélange de pratiques naturelles, spirituelles et religieuses. On peut citer pour exemples :
– les massages,
– les prières (nécessaires à l’efficacité de la guérison), manipulations et impositions des mains
les potions et autres infusions magiques,
– des fioles contenant des fragments corporels humains,
– des objets trempés dans des macérations,
– des instruments spécifiques (bougie, alcool)
– les bains,
– l’interprétation des rêves et des signes annonciateurs (présence d’un animal, vision nocturne…),
– le nettoyage ou purification des lieux de vie,
– les parfums et encens de protection sur des objets fétiches,
– les sortilèges sur des objets personnels,
– les offrandes de nourriture à l’occasion de l’invocation des esprits pour obtenir d’eux des guérisons miraculeuses et immédiates,
– l’utilisation d’éléments naturels (terre, pierres, sable…)
– …

En plus d’être officiellement interdite, un grand secret entoure les pratiques associées à l’Obeah qui ne possède d’ailleurs pas de lieu de culte, ni même de rituels formalisés qui signeraient l’appartenance à l’Obeah. Il est courant de dissimuler le recours aux conseils d’un homme Obeah, même à ses proches. Cette clandestinité trouve plusieurs explications. Une forme de honte, une crainte d’être agressé ou une peur de la marginalisation seraient associée à la dissimulation de sa pratique. Ce pourrait aussi être une protection contre d’éventuelles représailles de la part des sorciers praticiens qui pourraient utiliser leurs pouvoirs magiques contre leurs clients malades. D’autres facteurs tels que la pratique médicale illégale et l’utilisation de plantes toxiques pourraient aussi expliquer ce culte du secret.